Les méduses – Comme des poissons dans l’eau

« Elles se portent bien, merci ! » Les méduses ont une démographie galopante qui fait craindre les piqûres aux baigneurs ainsi que d’autres désagréments moins connus. Pour autant, que cela ne nous empêche pas de nous émerveiller devant la beauté de ces organismes apparus sur Terre alors que le règne animal n’en était qu’à ses balbutiements.

Méduse à crinière de lion

Méduse à crinière de lion (Cyanea capillata) dont le diamètre varie de 50 cm à 2 m et les tentacules peuvent atteindre 30 m. On la trouve dans des eaux froides, notamment en Europe du Nord. (Image: Kip Evans/Wikimedia Commons, licence CC)

Au bonheur des méduses

Peinture du Caravage illustrant Medusa

Peinture du Caravage illustrant Medusa, personnage mythologique dont le naturaliste Linné utilisa la référence pour nommer ces animaux aux tentacules ondulant comme les serpents qui couvrent la tête de la Gorgone. (Image: Carvaggio/Wikimedia Commons, domaine public)

« Oh le joli parachute… » est une réaction normale à la vue de ce paisible animal aquatique. « Aïïïïe je me suis fait piquer ! » en est une autre tout aussi normale lorsqu’on prend soudainement conscience que le parachute en question est en réalité une méduse.

Cette histoire sans gravité la plupart du temps pourrait être de plus en plus fréquente à l’avenir, tant les mers et océans deviennent propices au développement de ces organismes. En effet, les méduses sont apparues sur Terre quand les eaux du globe étaient plus chaudes et moins chargées en oxygène qu’aujourd’hui. Des conditions que le contexte actuel de réchauffement climatique tend à renforcer. De plus, elles ne craignent pas l’acidification des océans, ni la dissémination de résidus plastiques et apprécient même l’implantation de constructions au large des côtes pour réaliser leur cycle de développement. Enfin, elles sont favorisées par la pêche intensive, qui amoindrit considérablement les populations de poissons, lesquels sont à la fois les principaux prédateurs des méduses ainsi que leurs concurrents.

Ceci explique en grande partie la croissance des effectifs de ces animaux, essentiellement marins, qui dès lors, abondent auprès de certaines plages touristiques, remplissent les filets de pêche des chalutiers, voire même, bouchent les captages d’eau de refroidissement des centrales nucléaires…

Un peu d’écologie comportementale

Illustration du cycle de vie d’une espèce de méduse alternant forme fixe et forme libre

Illustration du cycle de vie d’une espèce de méduse alternant forme fixe et forme libre. Développement et fixation de la larve (1-4) ; développement du polype (5-10) ; formation et libération des jeunes méduses (11-12) ; passage à l’âge adulte de la méduse (13-14). (Image: Matthias Jacob Schleiden/Wikimedia Commons, domaine public)

Outre les problèmes posés aux activités humaines par les méduses, celles-ci se révèlent être des animaux fascinants à tous points de vue. Ces organismes gélatineux composés jusqu’à 98 % d’eau (contre 85 % tout de même chez un être humain !), migrant à travers les océans par contraction de leur ombrelle, dénotent une forme de vie rudimentaire qui remonterait à plus de 500 millions d’années, autant dire à l’apparition des premiers animaux qualifiés de « supérieurs ». Les méduses font partie de l’embranchement des cnidaires, au même titre que les coraux.

A première vue, il n’y a pas grand-chose en commun entre un sac gélatineux pourvu de tentacules qui peut se déplacer jusqu’à 10 km/ h et un organisme immobile, sécrétant un squelette calcaire, qu’on pourrait aisément confondre avec une plante. Pourtant, bon nombre d’espèces de méduses passent la majorité de leur existence sous une forme sessile, d’apparence corallienne, qu’on appelle « polype ». L’animal peut rester à ce stade durant un demi-siècle, se ramifiant progressivement, avant de produire une ou plusieurs méduses par reproduction asexuée.  Un changement de température de l’eau, un coup de tonnerre (sic.) ou une autre perturbation de son milieu peut conduire le polype à créer des formes libres issues de son propre individu. Ce sont ces formes libres qu’on appelle couramment « méduses ».

Celles-ci ont une durée de vie allant de quelques jours jusqu’à deux ans. Tels des fruits fraîchement tombés de l’arbre, les méduses mènent alors une vie radicalement différente. Elles se nourrissent de plancton et de petits poissons qu’elles capturent au moyen de leurs tentacules pourvus d’innombrables cellules urticantes. C’est cette caractéristique qui les rend si redoutées du touriste balnéaire. Cependant, le pouvoir urticant de la plupart des espèces de méduses n’est pas suffisant pour percer l’épiderme humain et donc à même de lui infliger des brûlures.

Au menu : méduse à l’escabèche

Différentes inventions ont été testées pour limiter la propagation des méduses. La plus drastique (et la plus contre-productive aussi) consistant à envoyer un robot en mer pour les hacher, ce qui eut pour conséquence d’en libérer les gamètes qui donnèrent naissance à une multitude de petites méduses.

L’essor de ces cnidaires témoigne néanmoins d’un nouvel équilibre induit par les activités humaines, équilibre dans lequel les poissons se font plus rares. Si on peut le déplorer, rien n’interdit de tirer parti de cet état de fait. Dans le milieu de la recherche on essaie la méduse à toutes les sauces. Des tests concluants ont montré qu’elles pouvaient accumuler des nanoparticules de plastique et donc contribuer à dépolluer les eaux. On envisage aussi les méduses comme engrais, ainsi qu’il est de coutume dans les rizières asiatiques. Traditionnellement, les Romains en enterraient une au pied des ceps de vigne pour conserver de l’humidité dans le sol et assurer une certaine fertilisation.

« A défaut de poissons, on mange des méduses ! » s’exclament même certains cuisiniers français qui apprêtent le cnidaire gélatineux en beignets sucrés ou en mets salés accompagnés de frites et salade. Les Chinois ne sont pas en reste non plus, eux dont la gastronomie fait la part belle à la méduse depuis bien longtemps.

Alors rangez vos serviettes de plage et, à table !

 

Texte: Rédaction SimplyScience.ch
Sources: Xenius – Les méduses, Arte, 2017; Le Monde – Nos ennemies les méduses (série de six articles publiés du 15 au 20 juillet 2019), Martine Valo; Wikipédia – Méduse (animal); Wikipédia – Cnidaria

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