Jacqueline, 27 ans, chercheuse en oncologie

Après des études en sciences naturelles interdisciplinaires à l’EPFZ, Jacqueline Mock a choisi de mener des recherches sur des protéines pour aider les personnes atteintes d’un cancer. « Personne ne naît doctorante ou doctorant », explique la présidente des Olympiades de biologie. On le devient.

Jacqueline Mock (à droite sur la photo) et une apprentie laborantine en biologie

Jacqueline désire transmettre ses connaissances et son expérience. Pendant un an, elle encadre Sabrina, apprentie laborantine en biologie (Image: Severin Nowacki, Olympiades de la science)

Il y a un an et demi, premier jour de son travail de doctorat, Jacqueline prend le bus pour Hönggerberg, traverse le « laboratoire le mieux équipé » de l’EPFZ, s’assied à son poste de travail et n’a tout d’abord aucune idée de la manière dont elle va structurer ses recherches. « Personne ne naît doctorante ou doctorant. » Elle arrange son poste de travail, accroche au mur des cartes postales représentant des pays lointains qu’elle a visités en tant qu’hôtesse de l’air après avoir obtenu son certificat de maturité. Paysages, mer, plongée et randonnée font partie de ses hobbies, pour lesquels elle a désormais moins de temps. A la place, elle se plonge dans les séries sur Netflix le soir, après 9 à 10 heures de travail.

Le processus d’apprentissage

 Elle découvre bientôt les planifications mensuelles et hebdomadaires. S’il y a bien une chose que l’on apprend pendant le doctorat, c’est l’autonomie. Une aptitude que Jacqueline a dû d’abord acquérir, car ses études en sciences naturelles ne l’y ont pas vraiment préparée : « Pendant les études, il y a beaucoup de choses qui sont prédéfinies, on ne doit pas planifier soi-même. »

Son prochain défi : la recherche en oncologie. Quelles expériences Jacqueline doit-elle choisir ? Où trouve-t-elle les informations dont elle a besoin ? Comment continuer si une expérience ne donne pas le résultat souhaité ? Elle effectue ses recherches, lit, demande à ses collègues et s’entretient avec sa personne de référence à quelques semaines d’intervalle. Les pauses café avec les autres doctorant-e-s s’avèrent pratiques : « Nous parlons de manière ouverte de ce qui ne fonctionne pas. » Souvent, quelqu’un d’autre a déjà rencontré des problèmes similaires et peut donner des conseils.

Jacqueline apprend beaucoup durant ces premiers 18 mois, pas seulement sur la recherche en oncologie et le travail en équipe, mais aussi sur elle-même. Au début, elle est désespérée lorsqu’une expérience ne se déroule pas comme elle se l’est imaginée. Une situation difficile pour une personne qui se pose des exigences élevées. Avec le temps, elle a néanmoins constaté que « chaque erreur est une chance ». Avec le recul, la recherche s’améliore lorsque l’on commet des erreurs, parce que l’effet d’apprentissage est plus grand. Plus facile à dire qu’à faire. Car sur le moment, elle est déçue et ne cache pas ses sentiments. « Ça m’aide d’aller courir ou de laisser passer une bonne nuit de sommeil. » Et le jour suivant, le travail reprend.

Jouer des coudes n’est pas son truc

Des collègues sympathiques et coopératifs sont plus importants que ceux qui jouent des coudes et avancent avec des œillères. « On passe tellement de temps ensemble que cela n’est supportable que si l’on apprécie les gens qui nous entourent », dit-elle avec un sourire. Elle préfère donner un coup de main aux autres. Elle souhaite transmettre quelque chose: ses connaissances, ses compétences ou ses expériences.

C’est ce qu’elle fait avec Sabrina, 17 ans. De dix ans plus jeune, celle-ci est en deuxième année d’apprentissage de laborantine en biologie. La doctorante encadre l’apprentie sur une base volontaire. Exiger une augmentation de salaire? « Honnêtement, je n’y ai pas pensé une seule fois. » Ce matin-là, elles travaillent toutes les deux sur une expérience chimique afin de créer de l’ADN pour le travail de recherche de Jacqueline. Le regard de celle-ci sur sa jeune protégée est amical, ses instructions sont claires. Elle fait preuve d’empathie et rit de ses petites mésaventures au laboratoire.

La recherche en oncologie

Pour son travail de doctorat, Jacqueline produit des protéines – appelées cytokines – qui pourront être utilisées plus tard comme agent thérapeutique. L’idée est simple : les protéines doivent aider le corps à activer le système immunitaire et à combattre les cellules cancéreuses. Un processus normal, que la tumeur interrompt en suggérant au système immunitaire qu’il n’y a plus de cellules cancéreuses. Les protéines sont utilisées pour déclencher un signal d’inflammation dans la tumeur. Le message envoyé au système immunitaire : attention, il y a une inflammation, deviens actif et combats la tumeur.

Sur les 50 protéines que Jacqueline a conçues et produites durant les 18 derniers mois, 4 étaient aptes pour un test visant à déterminer si celles-ci pouvaient atteindre la tumeur. Au final, une protéine s’est révélée suffisamment efficace pour que Jacqueline puisse démarrer un test thérapeutique sur une souris. La difficulté réside dans la production de protéines ayant les propriétés nécessaires, « pas juste sur le papier, mais aussi dans la réalité ». L’une de ces propriétés est par exemple que la protéine n’agisse que lorsqu’elle a atteint la tumeur et pas avant. De cette façon, on peut éviter des effets secondaires comme la fièvre, la grippe ou un état de choc.

Jacqueline est ambitieuse, elle veut « faire bouger les choses » avec ses travaux de recherche. C’est ce qui la pousse à se diriger vers la recherche appliquée et à s’intéresser au cancer. Il y a encore beaucoup à explorer dans ce domaine, l’espoir de pouvoir aider les patient-e-s est grand. Le revers de la médaille : il y a beaucoup d’argent en jeu, les entreprises et les hautes écoles investissent de gros montants, « beaucoup de groupes de recherche travaillent sur le même thème et se font concurrence ». 

Vocation précoce

« A l’école, on me disait que les filles étaient bonnes en langues, mais qu’elles ne savaient pas calculer. » Elle a trouvé cette remarque tellement déplacée et irrationnelle qu’elle a voulu montrer à tout le monde le contraire. Jacqueline rêve de devenir médecin, jusqu’à ce qu’elle se rende compte que sa patience avec les gens « a ses limites ». Avant de choisir sa filière d’études, Jacqueline ne consulte pas de conseiller en orientation. Elle a d’autres personnes de référence. Ce sont les bénévoles des Olympiades de biologie, de quelques années plus âgés, dont beaucoup étudient les sciences naturelles. C’est là que tout se joue pour Jacqueline: elle absorbe les contenus comme une éponge, reçoit des encouragements. En 2011, elle remporte l’or et part représenter la Suisse aux Olympiades internationales de biologie à Taiwan.


Texte : Mirjam Sager, Olympiades de la science. Article original raccourci par la rédaction.

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