Silence, on tourne un film scientifique!

Réaliser un court-métrage scientifique en trois jours? Tel est le défi qu’ont relevé plusieurs équipes de jeunes scientifiques en collaboration avec de jeunes réalisateurs. Ensemble, ils ont participé au premier «Exposure – Science film hackathon». Ci-dessous les deux meilleurs courts-métrages et le témoignage de plusieurs participants.

Making off du film «Carbon capture storage»
Les coulisses de la réalisation du film «Carbon capture storage»: pour chaque image, il faut mettre en place les éléments patiemment à la main. (Image: équipe «Cut it out»)

Pourquoi avez-vous participé à cette compétition de courts-métrages scientifiques?
Houda:
Il est important que les gens soient informés des avancements de la science et qu'il y ait une connexion entre ce qui se fait dans les laboratoires et l’impact que cela pourrait avoir sur la société. Participer à une compétition comme «Exposure» est une opportunité pour se rapprocher du public.
Morgane: Ma formation étant essentiellement théorique, je cherche à augmenter ma pratique du cinéma pendant mon temps libre. Jusqu'à maintenant j'avais surtout réalisé des courts métrages de fiction. Réaliser un film de vulgarisation a été un challenge intéressant: il a fallu trouver d'abord le message à transmettre puis construire une illustration claire pour l'expliquer.

Aviez-vous déjà des notions de réalisation de film auparavant?
Rachel
: Pas du tout!
Gaël: Oui, j’ai une entreprise de production de films, qui m’occupe à 30%, à côté de ma thèse.
Floor: Quelques notions, mais beaucoup plus maintenant, et surtout en animation!
Morgane: Oui, je réalise régulièrement des films parallèlement à mes études.

Comment avez-vous choisi le sujet dont vous vouliez parler dans votre film?
Floor:
Je voulais travailler sur le sujet des changements climatiques, mais je trouve que la plupart des vidéos sur ce sujet sont assez désespérantes. Quand Houda nous a parlé du stockage du carbone, ça m’a semblé un très bon exemple de technique encore méconnue mais parmi les possibilités à envisager. Le message est:oui on a un grand problème, mais voilà un début de solution!
Morgane: Nous avons choisi de parler d'un phénomène appelé «quorum sensing». Ce sujet fait partie des recherches de Gamze et c'est elle qui a proposé cette idée. Personne d'autre n'en avait entendu parler dans le groupe, c'est pourquoi nous avons pensé que ce serait un challenge intéressant. Nous trouvions aussi très amusante l'idée que des bactéries communiquent entre elles.

Le film «Carbon capture storage» a reçu le premier prix du jury (ex-aequo avec le film «Quorum sensing», voir plus bas). Il parle du stockage du gaz carbonique de l’atmosphère dans la roche. Il a été réalisé par l'équipe «Cut it out»: Floor van den Heuvel, Houda Tadlaoui, Rachel Nisbet et Gaël Monney.

Que vous a apporté le réalisateur de l’équipe?
Rachel:
Une méthodologie pour relier l’audio avec les images et une structure de tournage. Nous avons d’abord écrit notre voix-off, ensuite nous avons enregistré notre stop motion. C’est Gaël qui a mis ces éléments ensemble, et qui a fait tout le travail de ‘post production’.

Avez-vous eu des difficultés pendant le tournage et comment les avez-vous résolues?
Gaël:
Pour moi, la première difficulté a été de ne pas imposer ma structure. Je voulais un scénario après la première matinée parce que je savais qu’un stop motion prenait beaucoup de temps. Mais une équipe nouvelle a besoin de temps, chacun doit trouver sa place et il s’agit d’abord de s’écouter avant de se mettre au travail.
Morgane: Laurent était le seul à être expérimenté en animation, c'est pourquoi il a dû assumer seul cette immense part de travail. Comme tout le monde était très occupé, j'ai dû travailler très rapidement pour réaliser les parties filmées, mes acteurs n'étant rarement disponibles plus d'une quinzaine de minutes. C'est néanmoins très surprenant ce que l'on peut faire dans un temps très limité!

Que retirez-vous de votre participation?
Floor:
J’ai une meilleure idée de comment on «construit» un film (scénario, storyboard, etc.), à quoi il faut faire attention dans la communication et comment faire passer un message scientifique.
Morgane: Pour moi qui n'étudie pas du tout les sciences, cela a été une opportunité passionnante et enrichissante d'en apprendre plus sur ce sujet. L'interdisciplinarité et le partage de connaissances qui se mettent en place dans ce genre de projet sont très intéressants. Je recommanderais cette expérience aussi sympathique que formatrice à tous les scientifiques et à tous les non-scientifiques!

Le film «Quorum sensing» a reçu le premier prix du jury (ex-aequo avec le film «Carbon capture storage») et le prix du public (ex-aequo avec le film «Better together»). Il parle de communication chez les bactéries. Il a été réalisé par l’équipe «The self-organized»: Ivan Diaz, Morgane Frund, Gamze Gulez et Laurent Rohrbasser.

Que faut-il faire selon vous pour rendre un sujet scientifique attractif pour le public?
Houda
: Simplifier, séduire le public de manière émotionnelle, l'impliquer dans le sujet et lui montrer pourquoi il faut s'intéresser à ce sujet. Il faut éviter de présenter la science comme étant des faits et des successions logiques.
Morgane: Notre émerveillement pour le sujet nous a poussés à être particulièrement créatifs dans la réalisation de ce court métrage. Nous nous sommes beaucoup amusés sur ce projet et nous avons réussi à transmettre cet amusement au public!

L’équilibre entre information et «divertissement» a-t-il été facile à trouver?
Rachel:
C’est délicat! Je pense que nous avons assumé un ton instructif pour faire passer notre message, mais parfois ça passe mieux par le jeu, engendrant plus de complicité entre le spectateur et les événements vécu par les personnages dans un film.
Morgane: Trouver le bon compromis entre vérité scientifique et humour pédagogique n’est pas évident. Il est très tentant de faire quelque chose de très drôle, mais il faut veiller à rester correct vis à vis de la matière scientifique sur laquelle on travaille.

La création de courts-métrages devrait-elle selon vous faire partie des études?
Gaël
: Non, réaliser des courts-métrages demande des capacités qu’on ne peut pas aborder dans un seul cours. Par contre, on devrait encourager la communication scientifique.
Morgane: La création de court-métrages devrait faire partie de toutes les études, littéraires comme scientifiques. Savoir expliquer simplement ce sur quoi on travaille est primordial, et ce genre d’exercice permet de trouver des stratégies de communication efficaces et applicables à d'autres situations. Les petits films sont un bon medium pour toucher le grand public et permettent à la science d'atteindre ainsi plus de personnes.

Envie de voir les autres courts-métrages qui ont participé au hackathon? C’est ici.


Texte: Equipes «Cut it out» et «The self-organized» et Rédaction SimplyScience.ch, janvier 2017.
Plus d'informations sur la compétition: Exposure – Science film hackathon

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