Le masque, du passé mais pas dépassé

Avec la pandémie de COVID-19, les masques sont devenus un objet du quotidien. Pourtant, ce moyen de protection ne date pas d’hier ! Comment se protégeait-on dans le passé ?

Masques passé et futur

A gauche le masque fait partie de la tenue protectrice du médecin de la peste. A droite le masque transparent Masque Inclusif® mis au point pour des mal-entendants (Images : détail de Pelerin/Wikimedia commons, licence CC et Masque Inclusif® )

Les masques de protection utilisés par le passé étaient loin de ressembler à ceux que l’on connaît aujourd’hui. En effet, les premiers masques attestés datent de l’Empire romain. Ils étaient fabriqués à l’aide de vessies animales et servaient à protéger les mineurs des vapeurs toxiques et des poussières. A la fin du XVIIe siècle, Alexandre Von Humboldt a développé, toujours pour cet usage, l'ancêtre des masques à gaz. Ceux-ci ont eu un essor important sur les champs de bataille à cause des gaz de combat utilisés lors de la première guerre mondiale.

Mais revenons aux masques médicaux. Comment sont-ils apparus ? Et de quoi se protégeait-on ?

Tenue d'un médecin de la peste

Médecin durant une épidémie de peste à Rome au XVIIe siècle (gravure de Paul Fürst, 1656) . (Image : Wikimedia commons, domaine public)

La maladie par les odeurs...

Une croyance antique, théorisée par le célèbre médecin grec Hippocrate considérait que les maladies étaient véhiculées par des brouillards toxiques de matières décomposées : les miasmes, de mauvaises odeurs pathogènes.
A la Renaissance, le médecin Girolamo Fracastoro propose une théorie visionnaire : le fait que la contagion soit due à des semences invisibles appelées « virus », des germes capables d’envahir le corps humain. La transmission se fait soit de façon directe, indirecte (air ou objets) ou à distance (attirés par les humeurs, actuellement on parlerait de prédispositions génétiques).
Toutefois cette vision révolutionnaire n’a pu s’épanouir, le corps médical préférant rester sur les théories établies d’Aristote ou d’Hippocrate.
Ainsi, en 1619, alors que l’épidémie de peste sévit, Charles de Lorme invente le masque des médecins de la peste. Ressemblant à un bec d’oiseau, ce masque recouvrait tout le visage et contenait des étoffes imbibées de différentes huiles ou épices (du thym, de la rose, des clous de girofle) afin d’éloigner les miasmes.

ou les micro-organismes !

Diverses théories s’affrontent, certains croient à la génération spontanée de germes, d’autres à la contamination. Ce n’est que vers la fin du XIXe siècle que se met vraiment en place l’idée que la contamination est due à des microbes. Louis Pasteur contribue par ses recherches au développement de l’antisepsie et de l'asepsie qui consiste à éviter que les germes pathogènes ne contaminent un milieu stérile.

Grâce à ces découvertes, le milieu médical commence de plus en plus à s’intéresser à la meilleure manière de se protéger de ces germes. Quinze ans après les découvertes de Pasteur, un médecin allemand nommé Carl Flugge démontre que les postillons peuvent être porteurs de microbes, et donc contribuer à transmettre des maladies (par exemple la tuberculose). Il a également travaillé sur les principes d’hygiène qui se répandent chez les médecins. Parmi eux, le chirurgien polonais Jan Mikulicz-Radecki un défenseur de l’antisepsie, est le premier qui a utilisé des gants lors d’opérations chirurgicales. Les chirurgiens se mettent à porter des « bandeaux à bouche » constitués de gaze, recouvrant le nez, la bouche et le menton et se fixant derrière les oreilles.

Masque formé de gaze et coton

Masque formé de gaze et coton utilisé pendant l'épidémie de peste pulmonaire au début du XXe siècle en Chine. (Image:  Wikimedia commons, domaine public)

Les pandémies du début du XXe siècle

Lors de l’épidémie de peste pulmonaire en Chine en 1910 qui a fait 50 000 victimes, le médecin chinois Lien-teh Wu découvrit qu’elle se propageait par voie aérienne. Il a amélioré des masques chirurgicaux qu'il avait vus en usage en Occident en des masques plus substantiels avec plusieurs couches de gaze et de coton pour filtrer l'air. Gérald Mesny, un éminent médecin français venu le remplacer, refusa de porter un masque et mourut quelques jours plus tard de la peste. Par la suite, environ 60 000 pièces furent distribuées. Lien-teh Wu qui a réussi également par d’autres mesures d'hygiène à contenir l’épidémie, a présenté ses travaux lors d’une conférence internationale sur cette épidémie avec des médecins occidentaux en 1911. En France, Charles Bosquet, médecin et biologiste français, de retour de Chine recommande l’usage d’un masque autant pour les soignants que pour les malades.

Policiers masqués

Policiers masqués à Seattle lors de la pandémie de grippe espagnole en 1918. (Image: Wikimedia commons, domaine public)

La pandémie de grippe espagnole, qui a fait environ 50 millions de morts entre 1918 et 1919, va être l’événement généralisant le port du masque à l’échelle mondiale.

Masques dans les transports publics

Lors de la pandémie de grippe en 1918 aux Etats-Unis, il était interdit de monter dans le Trolleybus sans masque. A gauche des contrôleuses à New York (Image: Wikimedia commons, domaine public et à droite un Trolleybus à Seattle (Image: Wikimedia commons, domaine public).

Jetables ou recyclables,
telle est la question

Avec l’utilisation quotidienne que l’on fait des masques aujourd’hui, on peut se demander ce qui fait que ceux-ci ne sont plus réutilisables. Que ce soit les masques en vessies animales, ceux de médecins de la peste faits en cuir ou les tout premiers masques en textile lavables du XIXe siècle, tous étaient réutilisables. Le fait de les jeter est donc très récent, puisque c’est un phénomène qui apparaît dans les années 1930. A partir de ce moment, tout le matériel médical devient jetable, que ce soit les seringues, les aiguilles ou encore les autres instruments chirurgicaux.
La raison est que le jetable permet de réduire les coûts de fabrication et d’éviter le processus de stérilisation, qui est long et fastidieux. Il remplace donc bien vite le réutilisable. On y revient pourtant doucement puisque l’utilisation des masques a explosé à cause de la pandémie et qu’il devient important de penser à l’impact écologique que peuvent avoir ces masques à usage unique.

L’avenir est à la transparence !

Masque transparent

Masque de protection transparent (Image: Masque Inclusif®)

On l’a vu, les masques ne cessent d’évoluer et de s’adapter aux besoins du public. Réutilisables ou non, les masques partagent pourtant tous un même problème, auquel le personnel soignant est confronté quotidiennement: l’impossibilité de communiquer ses émotions.
En effet, le port du masque contribue à rendre les rapports entre les gens distants, mécaniques et possiblement anxiogènes puisque dissimuler une partie du visage empêche tout partage. Un simple sourire peut faire beaucoup lorsqu’il s’agit de rassurer et de mettre une personne en confiance.

La recherche de masques transparents: Avec l’utilisation quotidienne des masques que l’on fait aujourd’hui, la nécessité de masques transparents s'est fait sentir auprès des malentendants qui ne peuvent pas lire sur les lèvres et se trouvent dans l’impossibilité de communiquer. Le Masque Inclusif® est déjà en production, il provient de l'initiative d'une jeune femme malentendante, il allie le confort et l'ergonomie.
Le HelloMask est fruit d'une collaboration entre l'EPFL et l'EMPA pour développer un matériau transparent et respirant. La recherche est en cours. La pandémie a accéléré l'avancement de ce projet de Diane Bataard, conteuse pour enfants malades dans les hôpitaux.

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