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Dort-on vraiment moins bien les nuits de pleine lune ?

Pleine lune et nuages

Nuit de pleine lune. Image : Can Stock Photo / bazilfoto

Alors que cela pourrait surprendre, des études scientifiques indiquent que l’on dormirait moins bien les nuits de pleine lune. La cause ? Une mystérieuse horloge interne, synchronisée au cycle lunaire.

Phases de la Lune

Les phases de la Lune par rapport à la Terre. Image : Can Stock Photo / milagli

Il n’est pas rare d’entendre des gens dirent qu’ils dorment moins bien les nuits de pleine lune. On n’en a sans doute chacun déjà fait l’expérience : une nuit passée à se retourner dans son lit sans trouver le sommeil, alors que la pleine lune brille tout entière dans le ciel. Est-ce une pure coïncidence ? Après tout, cela arrive des nuits difficiles que la lune soit pleine ou non. Que dit la science quant à l’influence de la Lune sur le sommeil humain ? Peut-elle la mesurer, et, le cas échéant, l’expliquer ?

Une découverte étonnante

Un soir de pleine lune dans un bar de Bâle, une équipe de recherche qui récoltait des données sur le sommeil tombe en plaisantant sur une nouvelle idée : vérifier, si oui ou non, le cycle de la Lune a un effet sur le sommeil humain. Pour mesurer l’influence de divers facteurs sur la qualité du sommeil, ces chercheurs avaient déjà obtenus des données auprès de 33 volontaires. Maintenant, afin de mesurer l’impact du cycle lunaire, il leur suffisait de réutiliser ces mêmes données en vérifiant sur un calendrier la phase de la Lune du jour en question. Après vérification, surprise ! Les données indiquaient clairement un sommeil diminué les nuits de pleine lune : des ondes cérébrales indiquant un sommeil plus léger, un taux de mélatonine plus bas, un délai d’endormissement augmenté de 5 minutes et un temps de sommeil total plus court de 20 minutes. Et même le ressenti subjectif des patients indiquait un sommeil moins bon ! Au regard de cette relecture des données de sommeil, l’équipe de Bâle publia un article scientifique pour faire part de sa découverte.

Les moutons dorment, pas le dormeur

Les nuits de pleine lune, compter les moutons n’aide pas toujours à s’endormir...
Image : Can Stock Photo / antimartina

Des résultats concordants à plusieurs autres études

Depuis ce premier article, d’autres équipes de recherche se sont intéressées à l’effet des phases lunaires sur le sommeil humain. Une étude menée en Suède montre, à partir d’une étude sur 47 sujets, des résultats similaires à ceux de l’étude de Bâle : temps de sommeil plus court et phases de sommeil perturbées les nuits de pleine lune. Elle indique cependant une deuxième observation, il y aurait également une détérioration du sommeil, mais moindre, lors de la nouvelle lune.Finalement, dans une troisième étude de 2021, des scientifiques américains ont analysé le sommeil chez un nombre encore plus élevé de personnes en récoltant des données chez des communautés indigènes argentines et chez 464 étudiantes et étudiants américains. Tout comme les deux études précédentes, elle indique une dépendance du sommeil vis-à-vis du cycle lunaire, avec un sommeil moins bon les soirs de pleine lune.

Peut-on expliquer ces résultats ?

Quelles hypothèses peut-on formuler pour expliquer que l’être humain dormirait moins bien les nuits de pleine lune ? La lumière de la Lune perturberait-elle notre sommeil ? Cette supposition ne peut être retenue, car même si certaines personnes pourraient être gênées par la faible luminosité de la lune, lors des trois études mentionnées ci-dessus, la pièce où se trouvait le sujet était obscure, sans fenêtre.

Sinon l’effet de la force gravitationnelle de la Lune ? On sait que l’attraction de la Lune a une influence sur la Terre et en particulier les masses d’eaux ; les marées en sont une illustration. Périodiquement, les marées ont des amplitudes plus importantes. Ces amplifications ont une périodicité proche du mois lunaire. Même si, de prime abord, on pourrait envisager que cela puisse influencer notre sommeil, cette piste est également exclue. En effet, cette force d’attraction est en réalité extraordinairement petite.

Il semblerait donc qu’il faille se tourner vers d’autres explications.

Un cycle lunaire interne ?

Aujourd’hui, on semble privilégier une nouvelle piste : celle d’un cycle mensuel interne synchronisé sur le cycle lunaire. L’humain posséderait ainsi une horloge interne calée sur les phases de la lune, avec, par conséquent, un cycle d’environ 28,5 jours. Cette horloge ferait varier certains paramètres biologiques comme le taux de mélatonine, et engendrerait des qualités de sommeil différentes tout au long du cycle. Une telle horloge dite « circalunaire » est d’ailleurs présente chez de nombreuses espèces animales comme le blaireau ou les crabes.

Si cette hypothèse d’horloge interne s’avérait juste, une dernière question se poserait : pourquoi le corps humain aurait-il une horloge « circalunaire », synchronisée précisément au cycle de la Lune ? Ici, la réponse privilégiée des scientifiques s’appuie sur la théorie de l’évolution. Puisque dans la nature les soirs de pleine lune sont plus éclairés, il y a davantage de prédation, autrement dit plus d’animaux qui chassent pour manger d’autres animaux. Ainsi, être moins fatigué les soirs de pleine lune serait un avantage évolutif, soit pour chasser, soit pour se cacher des prédateurs. L’horloge « circalunaire » serait donc un reliquat de notre évolution, qui nous permettait jadis de rester éveillés les soirs de pleine lune et d’augmenter nos chances de survie.

Loup garou

Loup garou. Image : Can Stock Photo / rudall30

Si tu as une insomnie, un soir de pleine lune, tu pourrais donc peut-être relativiser ta situation: tu es au chaud dans ton lit, plutôt que comme tes ancêtres, dehors en train de chasser ! Comme un loup-garou ;-)

Texte: Rédaction SimplyScience.ch

Sources:
Cajochen, Christian, Dort-on moins bien les nuits de pleine lune ? Cerveau & Psycho 2020/11 (N° 127), pages 86 à 87.
Cajochen, Christian, et al. Evidence that the lunar cycle influences human sleep. Current biology 23.15 (2013): 1485-1488.
Smith M, Croy I, Persson Waye K. Human sleep and cortical reactivity are influenced by lunar phase. Curr Biol. 2014 Jun 16;24(12):R551-R552. doi: 10.1016/j.cub.2014.05.018. PMID: 24937276.
Casiraghi, L., Spiousas, I., Dunster, G. P., McGlothlen, K., Fernández-Duque, E., Valeggia, C., & de la Iglesia, H. O. (2021). Moonstruck sleep: Synchronization of human sleep with the moon cycle under field conditions. Science Advances, 7(5), eabe0465.
Jay Summer. Do moon phases affect sleep? dernière consultation le 11 avril 2022.

Dernière modification: 29.09.2022
Créé: 29.09.2022
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