Un talent précoce pour les sciences
Rosalind Franklin naît le 25 juillet 1920 à Londres dans une famille juive aisée. À l’âge de six ans, la jeune Rosalind est décrite en ces termes par sa tante : « Rosalind est incroyablement intelligente ; par pur plaisir, elle passe tout son temps à faire des calculs et ses résultats sont toujours justes. » Les parents de Rosalind veulent lui offrir une bonne éducation et encourager ses capacités. Rosalind fréquente diverses écoles privées, dont la St Paul's Girls' School, qu’elle rejoint à l’âge de 11 ans. La directrice de cette école milite pour que les femmes puissent exercer une activité en dehors du foyer.
Rosalind Franklin s'intéresse surtout à la chimie, à la physique et aux mathématiques. Dès l'âge de 17 ans, elle est admise au Newnham College, une section réservée aux femmes à l’Université britannique de Cambridge, où elle termine ses études de sciences naturelles en 1941.
Étude du charbon pendant la Seconde Guerre mondiale
La famille juive de Rosalind Franklin s'engage en faveur des réfugiés européens fuyant le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle-même consacre ses travaux de recherche à un sujet lié à la guerre. Elle étudie la microstructure du charbon et comment l’utiliser le plus efficacement possible. En 1941, elle débute un doctorat à ce sujet à l’Université de Cambridge. En raison du manque d’enthousiasme de son directeur de thèse, elle quitte le laboratoire et poursuit ses recherches à la British Coal Utilisation Research Association en 1942. L’Université de Cambridge lui décerne malgré tout le doctorat en 1945 sur la base de ses travaux, qui font également l’objet de plusieurs publications. Après son doctorat, Rosalind Franklin s'installe à Paris et se plonge dans la cristallographie aux rayons X.
Début des travaux sur l'ADN
En 1951, Rosalind Franklin se voit proposer un poste de chercheuse au département de biophysique du King's College de Londres. Étant la seule personne expérimentée avec la diffraction par rayons X, elle est réaffectée par le directeur du laboratoire à la détermination de la structure de l'ADN pour poursuivre les travaux prometteurs sur l’ADN de l’un de ses chercheurs, Maurice Wilkins. Il désigne également Raymond Gosling, doctorant supervisé jusque-là par Maurice Wilkins, pour assister Franklin dans ses recherches. En effet, à l'époque, on sait déjà que l'ADN existe, mais on ignore quelle est sa structure. Rosalind Franklin et Maurice Wilkins ne s'entendent guère et essaient de s'éviter, ce dernier ayant peu apprécié être écarté au profit de celle qu’il a considéré jusque-là comme son assistante. Au même moment, deux autres chercheurs travaillent à l'université de Cambridge sur la détermination de la structure de l'ADN : James Watson et Francis Crick. Ils vont bientôt bénéficier de l'ardeur et du succès de Rosalind Franklin en cristallographie.
Une image mystérieuse portant le numéro 51
Rosalind Franklin, en collaboration avec Raymond Gosling, fait d'importants progrès dans l'étude radiographique de l'ADN et, par conséquent, dans la détermination de sa structure. C'est ainsi qu'est réalisée la célèbre radiographie n° 51 de l'ADN. On y distingue des taches sombres formant un X, que les cristallographes expérimenté·e·s identifient sans équivoque comme une hélice. À l'insu de Franklin, Wilkins fait part de cette découverte à Watson et Crick. Les explications de Wilkins selon lesquelles l'ADN possède une structure en double hélice comblent une lacune dans les connaissances de Watson et Crick. Cela leur permet de parachever et de publier leur modèle théorique de la structure de l'ADN. Les directeurs des deux laboratoires se concertent pour que Franklin et Wilkins publient les résultats de leurs recherches expérimentales dans le même numéro de la célèbre revue Nature, confirmant ainsi ce modèle.
La période après le King's College et son décès prématuré
Franklin quitte ensuite rapidement le King's College, qu'elle n'apprécie guère. Elle rejoint le Birkbeck College et se consacre à l'étude de la microstructure du charbon et à la recherche sur le virus de la mosaïque du tabac, un virus à ARN. À la fin de sa vie, elle s’intéresse aussi à la structure du virus de la polio. Elle connaît également le succès dans ces domaines de recherche et est désormais reconnue comme une scientifique exceptionnelle. Franklin décède le 16 avril 1958 d'un cancer de l'ovaire. Watson, Crick et Wilkins reçoivent le prix Nobel en 1962 pour avoir élucidé la structure de l'ADN. Elle aurait largement mérité de le partager avec eux.
Une carrière difficile en tant que femme
Du vivant de Rosalind Franklin, à l'université et en particulier dans les sciences naturelles, les étudiantes et les enseignantes sont moins reconnues que leurs homologues masculins et font l'objet d'une discrimination ouverte. Dans sa vie privée, Franklin est décrite comme une personne joyeuse et sociable, mais sur le plan professionnel, elle peut aussi se montrer brusque et impatiente. Ceci, ajouté à l'attitude sceptique générale envers les femmes dans les sciences naturelles et au choix de Franklin de ne pas fonder de famille, contribue au fait qu’elle doive lutter pour se faire accepter tout au long de sa carrière. Bien qu’elle rencontre certaines difficultés, elle ne se laisse pas détourner de ses recherches. Pendant longtemps, l'image de Franklin a été négative, principalement en raison de la description qu'en fait Watson dans son livre « La double hélice », publié en 1969. La réputation de Rosalind Franklin a été rétablie par la suite. Crick lui-même a admis après la mort de Franklin que la détermination de la structure de l’ADN n’aurait pas été possible sans sa contribution.
