Tatouages: comment leur faire la peau?

Le tatouage est pratiqué par de nombreux peuples tout autour du monde depuis des millénaires. L’acclimatation de cet art dans la culture occidentale a conduit à deux conséquences majeures: l’étude scientifique de la longévité de l’encre sous la peau et l’innovation technique pour éliminer les tatouages devenus embarrassants. Lumière sur l’envers de l’encrier.

Un tatoueur en plein travail

Un tatoueur réalise son œuvre à l’aide d’un dermographe. (Image: igter/CanStockPhoto)

L'héritage des macrophages

L’étymologie du mot tatouage indique une origine provenant du tahitien tatau, désignant l’action de dessiner, marquer, frapper. En effet, traditionnellement, on concevait des objets aiguisés, souvent des sortes de peignes fabriqués en os, qu’on trempait dans l’encre avant de les faire pénétrer dans la peau en les frappant avec un petit bâton. La technique contemporaine préfère l’usage d’un dermographe, appareil constitué de fines aiguilles fixées à une barre et entraînées rapidement de haut en bas par un canon électrique. Quelle que soit la méthode utilisée, l’encre injectée se dépose sur la partie supérieure du derme. On sait aujourd’hui que l’encre est captée par les macrophages. Ces derniers, à l’instar de nombreuses cellules du corps humain, ont une durée de vie relativement courte, une vingtaine de jours seulement. Jusqu’à récemment, le devenir de l’encre à la mort des macrophages restait un mystère.

Schéma illustrant les couches de la peau et ses spécificités

Schéma illustrant les couches de la peau et ses spécificités. (Illustration: alexilus/CanStockPhoto, légende ajoutée par la rédaction)

Le secret de longue vie des tatouages

Le voile a pu être levé grâce à des souris génétiquement modifiées pour rendre leurs macrophages vulnérables à une toxine. Après que leur queue ait été tatouée, ces braves cobayes se sont vus détruire l’ensemble des macrophages de leur derme par l’inoculation de la toxine combinée à un anticorps. Le tatouage sur leur peau n’a pas disparu pour autant. En effet, les particules de pigment sont relâchées à la mort des macrophages. Etant trop grosses pour migrer librement, elles restent en place jusqu’à ce que de nouveaux macrophages arrivent via la circulation lymphatique et les captent à nouveau. On a donc affaire à un véritable cycle, l’encre injectée étant transmise de macrophages en macrophages.

Justement, toute une vie c’est un peu long quand on arbore un tatouage dont on ne veut plus. Les raisons de vouloir enlever un tatouage sont multiples. Généralement, la cause en est que l’état d’esprit qui a conduit à se faire tatouer ne dure pas autant que le tatouage lui-même. Un prénom anciennement chéri, un animal devenu encombrant ou une œuvre d’art au goût douteux en sont des exemples. Toutefois, la part des personnes ayant recours au détatouage est minime.

Le laser contre l'aiguille

Actuellement, les techniques à disposition pour enlever les tatouages présentent des résultats mitigés. L’option la plus répandue est le détatouage par laser, qui consiste en une pulvérisation concentrée d’ondes de choc à très haute fréquence qui détruisent les cellules contenant les pigments et fragmentent les particules d’encre qui s’y trouvent. La circulation lymphatique est capable d’évacuer ces particules, mais une partie d’entre elles est captée par les macrophages voisins avant leur élimination. C’est pourquoi cette méthode exige plusieurs séances et produit un effacement relatif du tatouage, qui dépend également de la couleur de l’encre utilisée ou de l’habileté du tatoueur. Un tatouage bien réalisé sera plus difficile à supprimer. Mais la suppression est rarement totale et peut causer une dépigmentation de la peau, formant une sorte de tatouage inversé. En outre, le détatouage par laser reste plus douloureux que l’opération même de se faire tatouer, plus cher aussi.

En plus du laser, il existe d’autre méthodes pour effacer un tatouage. Il s’agit de l’excision chirurgicale, qui consiste à éliminer la partie concernée de l’épiderme, jusqu’au derme, ou de l’abrasion de la peau, qui va « poncer » cette dernière à l’aide de petites meules. Pratiquées sous anesthésie locale, ces méthodes plutôt radicales ont l’inconvénient de laisser des cicatrices.

Effacer toutes les traces?

La compréhension du rôle des macrophages dans la fixation de l’encre dans le derme offre des perspectives réjouissantes aux personnes désireuses d’enlever leurs tatouages. Pour augmenter l’efficacité du détatouage par laser, il faudrait détruire également les macrophages se trouvant dans le voisinage du motif à effacer pour que les pigments aient le temps d’être évacués. Mais la méthode testée sur la souris n’est pas transposable telle quelle à l’être humain. Il faudrait trouver un « médicament » qui agisse sur les macrophages du patient, sans avoir recours au génie génétique.

En l’état, ôter un tatouage reste un processus incertain, pour lequel aucun spécialiste n’offre de garanties. La notion de permanence reste associée à l’acte de se faire tatouer, nous invitant à réfléchir au temps long dans notre société qui bouge si vite.


Texte: Rédaction SimplyScience.ch

Sources: Paul Benkimoun. Le secret de l’éternité des tatouages découvert. Article de lemonde.fr, paru le 06.03.18; Anna Baranska et al. 2018. Unveiling skin macrophage dynamics explains both tattoo persistence and strenuous removal. Journal of experimental medicine. DOI: 10.1084/jem.20171608; Marlène Duretz. Se défaire de ses tatouages, c’est long, c’est cher et ça fait mal. Article de lemonde.fr, paru le 17.03.18; Article wikipedia sur le tatouage

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